Vous ne voulez probablement rien savoir de ma vie, ce n'est pas grave. Je vais vous en parler quand même.
Samedi, j'ai une heure de colle.
Je vais devoir inventer un texte sur le thème du rêve. Bonjour l'originalité. À la limite, un texte sur le thème de la confiture avec laquelle j'aurais aimé repeindre les murs de ma chambre, ça passerait. Enfin, on ne peut pas toujours demander aux gens d'être créatifs. Moi-même, je ne le suis pas tant que ça. Un tantinet, mais pas bien plus.
Je n'ai aucune inspiration, et il n'est pas dit que j'en ai beaucoup plus samedi matin à neuf heures. Bien que j'ai l'habitude de me réveiller à sept heures le week-end pour faire mes devoirs, ce n'est pas la même chose. Les devoirs, ça ne demande jamais beaucoup d'imagination.
Brouillon numéro 1 (car il y en aura, bien sûr, plusieurs, que vous, pauvres lecteurs, devrez lire si vous vous en sentez obligés. Cela dit, je ne vous force à rien.) :
"Je cours à travers le passé, sillonant un chemin étroit, tout au long duquel se trouvent des portes. Des portes par centaines, par milliers. Elles sont toutes fermées à clé, bien entendu.
Mes pieds sont nus. Liberté. Il n'y a pas d'arbres. Déception. Le soleil me fait de l'ombre. Oxymore. Où suis-je, que fais-je ? Incompréhension.
Et pour tout dire, je ne saurais répondre à pareille question. Je suis dans un monde où rien n'est vrai, les images sont floues, les couleurs n'appartiennent nulle part. Une pomme bleue, des yeux rouge sanglant. Voilà une belle conception du monde, où l'on mélange vie et mort, amour et haine, amertume et acidité.
Je suis, tout simplement, en train de rêver."
Certes, on a vu beaucoup mieux. Il faudra m'excuser, je ne suis pas une artiste. Je suis une simple adolescente de quatorze ans qui a une heure de colle. Typique.
Brouillon numéro deux (you shall see yourself condemned to its reading, if you've read the first draft. I'm sure it seems appealing to you.) :
"Il y a des thèses à propos du rêve. On dit que si l'on ne rêvait pas, on mourrait. Si on le dit, c'est que c'est vrai. Je n'y crois pas, mais il faudra le prétendre, pour l'amour propre de nos chers scientifiques.
Je suis tombée amoureuse, un jour. Je ne me souviens plus de son nom. Je ne me souviens pas de son physique non plus. En fait, je crois bien que j'ai rêvé l'existence de cette personne. Dommage, ça me paraissait si vrai.
Et c'est bien là le défaut suprême du rêve: il a le don de nous faire croire à une réalité qui n'existe que pour nous, et seulement durant le temps d'une nuit.
Je crois bien que j'ai dû rêver l'écriture de ce texte. À vrai dire, je n'en suis pas sûre."
C'est bien moins poétique que le texte précédent, mais je me demande si je ne le préfère pas. Tant pis, je verrai samedi.